Je mangerais bien le coq avant de débuter la journée…
05h00, réveil, le premier coq débute son chant, sur quelle référence, il fait encore nuit ? Puis quelques femmes commencent à piler, dautres à trier. Les enfants se réveillent, la nuit est définitivement terminée.

Ce village nest quun appendice du village principal du même nom. Il permet dêtre au plus proche des cultures sans avoir à faire des kilomètres inutiles. Mais cest bien au village principal que se trouve le Tranobé. Comme à laccoutumée, les Malgaches nous disent bonjour avec de larges sourires. Un sourire où les dents manquent souvent en quantité. Dès le plus jeune âge, les caries sont nombreuses et lhécatombe est rapide. Les incisives disparaissent rapidement, et en vieillissant il devient difficile de manger certains aliments, heureusement servis avec du riz. Pour les plus aisés, lor difficilement extrait du sol malgache se retrouve en remplacement des dents perdues, sourire brillant assuré


Le Doktora laisse bien quelques affiches avec les propositions de soin et les tarifs dans les villages les plus conséquents. Il ne reste plus quà être là le bon jour. Le pharmacien qui fait aussi office dépicier attend le chaland avec ses cachets à la pièce.

Hier, un aspect des voyages sauvages et de reconnaissance est remonté à la surface. Il arrive toujours un moment où lon a besoin de trouver des renseignements précis. Là tout se gâte. Tout le monde veut participer et a une idée bien précise sur ce quil faut faire et par où passer. Sauf que chacun a son avis, en fin de compte vous vous retrouvez encore plus perdu quau début. Ne reste plus quà sortir la carte et cest lapothéose. Un objet que personne ne voit dans ces régions perdues. Cest reparti pour une nouvelle source derreurs
Il faut démêler toutes ces informations et trouver au final la bonne personne. Cest toujours comme cela, il suffit de le savoir et davoir confiance en sa propre lecture du terrain. Une fois trouvés ces précieux renseignements, il faut aborder le temps et/ou la distance pour sorganiser un peu. Dans un monde sans montre et sans compteur, cest lultime erreur. Il ne reste plus quà y aller et lorsque lemplacement du bivouac nous semblera correct, ne restera plus quà sinstaller.


Courte matinée le long de la rivière Rienana qui sécoule avec nonchalance pour rejoindre le dernier gros village du trek. Il va donc falloir faire un dernier ravitaillement en riz, huile, sucre
Pour les bananes, il faut espérer en trouver en chemin. Le temps des courses et des questions sur litinéraire est révolu, une petite marche le long de la rivière et il est lheure de midi. La pluie nous a rattrapés, nous cachant le corridor forestier. De toute façon, demain, il faudra y retourner.
La brume sest transformée en crachin, puis en petite pluie tropicale. Peu importe, il fait chaud autant en profiter pour avancer. La pluie me permet de me vider lesprit, je ne pense plus à rien, du moins cest limpression que jen ai. Alors, javance lesprit ailleurs, ayant complètement décroché de mon environnement. Seul le sol ultra glissant du sentier creusé par des zébus me replonge dans linstant présent, la chute nest jamais très loin.
Les montagnes se rapprochent et la vallée se creuse en remontant cette rivière. Il va falloir couper une crête assez haute demain pour changer de vallée et approcher du parc national dAndringitra. Avec cette pluie, les sangsues vont nous attendre, avides de notre sang. En attendant cet instant, nouvel achat de bananes, ces dernières sont rouges plus compactes et légèrement acidulées et succulentes.


Nous faisons le listing de ce que lon a comme nourriture. Après lessentiel (riz, huile bananes), je moccupe du superflu. Il me reste deux plaques de chocolat Robert (fabrication malgache), Martine a conservé des gâteaux bretons et quelques chamallows, largement suffisant pour terminer le trek.

Fin du jour 18… Jour 19
Laurent
