Pour moi, un petit rhum…
Hier soir le train sest arrêté en gare vers 19h00. Seuls ses phares transperçaient la nuit. Le village est alors entré en effervescence pour charger au plus vite les ballots de gingembre, pendant que les humains sentassaient dans les wagons de 2de classe. Seule la 1ère classe a de vraies places réservées.



Au réveil, un coq plus malin que les autres chante à lentrée du tunnel, son chant résonne bien au-delà de celui des autres. Mais son écho loblige à rééditer son chant face à cet adversaire imaginaire

Le départ est donné sur la voie ferrée sous un ciel couvert. Comment la même pression atmosphérique peut-elle donner des cieux si différents, mystère ?

Quatre tunnels plus loin, la première pente nous accueille. Cest le retour dans la forêt primaire, mais sans la pluie et sans les sangsues, ce qui nest pas pour nous déplaire. Comment se nourrissent-elles en notre absence, second mystère

Le terrain est beaucoup plus aisé que la dernière fois, il y a beaucoup plus de passages. Les tranchées dans la terre nous accueillent à nouveau, mais il faut rapidement en sortir lorsque les zébus parcourent le même itinéraire en sens inverse.
Au col, une grande pierre plate, cest un lieu où lon dépose la dépouille mortuaire avant son retour au village. Quelques cavités dans les parois de terre forment de petits creusets à offrandes pour » concilier les ancêtres « . Mais cest aussi la zone de séparation entre les Tanales et les Betsiléos.
Petite pause chez Henriette pour un café et direction le bout de la forêt. Malgré les indications de ne pas couper les arbres, les nouvelles rizières ont besoin de plus de lumière, alors cest lhécatombe chez les ligneux. Ces nouvelles rizières sapparentent à des peaux déléphants craquelées. La terre est mise à nue pour la débarrasser de son trop-plein deau.



Un dernier effort et une grande plaine vallonnée soffre à nous. Les rizières occupent toutes les grandes dépressions. Les maisons Betsileo sont splendides avec leurs deux étages, leur balcon en bois ouvragé, piliers en briques et toits en tuiles. De lensemble se dégage un réel souci desthétisme, les rizières sont bien mises en valeur, des zones de pâturages sont laissées sur leurs bords, les bananiers ainsi que la canne à sucre sont rassemblés et des orangers encadrent chaque maison. Et surtout pas de destruction par les orpailleurs
Un endroit magnifique pour une pause de midi. Cela na rien à voir avec les Betsiléos de la zone forestière. La configuration des lieux les obligeant à avoir un habitat plus proche de celui des Zafimanirys.
Litinéraire oscille entre les sections rectilignes et à angles droits des rizières, et les sentiers tout en douceur qui relient les villages, les hameaux et les maisons isolées. Un saut raté entre deux rizières et cest le plongeon dans la boue et leau
ce nest pas très grave, je sécherai en marchant.


Une petite colonne de porteurs nous rattrape avec cette odeur caractéristique du rhum. Petite pause et dégustation sur place grâce à une petite bouteille que lon plonge dans le bidon de 20 litres. Certainement le contenant dune dose de vaccin ou autres médicaments à injecter

Les oranges sont omniprésentes, cest la pleine saison. Quelques fruits traînent au sol, mais personne nen mange vraiment ou ne semble les récolter. En effet, toute la récolte est vendue à lavance, donc on ny touche pas. Lorsque je précise que jadore les pamplemousses, tout le monde rigole en se moquant gentiment de mes goûts. Mais quont-ils tous contre ce fruit ?
Nous laissons leffervescence des rizières repiquage, zébus, pelletage
- pour rejoindre notre hébergement chez linstituteur. Un thé de bienvenue nous est offert avec quelques patates douces. Les rouges ont un goût de litchi et les blanches de châtaigne, le plaisir simple dun bon produit.
Même si le ciel est resté couvert, que les rizières nétaient pas vertes, cette journée est remarquable par son changement dambiance et par la sérénité qui se dégage de ce paysage. Quelques falaises viennent encadrer au loin ce panorama idyllique.
La pluie se met à tomber, mais nous sommes à labri.

Fin du jour 10… Jour 11
Laurent

Bonus :




