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Intempéries mortelles au Népal, retour à froid.

Tekenessi

Mise à jour : complément d’informations d’un Guide Canadien.

Dans un pays particulièrement tourné vers le Tourisme d’Aventure (trek, alpinisme, eaux vives…), les évènements de ce mois d’octobre ont été très traumatisants.

Il faut se souvenir qu’une queue de cyclone (Hudhud) venant de l’Inde s’est abattue sur le Népal recouvrant de neige les massifs du Manaslu, des Annapurna, du Dhaulagiri, ainsi que toutes les régions plus à l’Ouest.

La partie Est du Népal a quant à elle été beaucoup plus épargnée.

A ce jour, 7 novembre, il a été dénombré 41 victimes, plus de 500 personnes secourues et un certain nombre de corps reste encore sous une importante épaisseur de neige. A des altitudes avoisinantes les 5000m et sans moyen d’accès, il faut attendre la fonte des neiges pour les récupérer. Donc pas avant le printemps, voire le début de l’été.

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© DR

Je voudrais revenir sur tout ce que j’ai pu lire dans les journaux au Népal ou sur le web. Car en dehors de la réalité de terrain, les esprits se sont rapidement enflammés, et j’ai eu l’impression de lire tout et n’importe quoi.

Oui, il y a bien eu des avalanches mortelles, et cela fait partie des risques de la montagne.

Comme l’a toujours dit Reinhold Meissner :  » La montagne n’est ni juste, ni injuste, elle est dangereuse « . Ce n’est pas moi qui vais le contredire. Il faut juste partir en connaissance de cause et en accepter les risques.

De nos jours, peu de monde les accepte, surtout sur un itinéraire ultra parcouru. La montagne a été désacralisée, démystifiée, on y part comme pour aller faire ses courses. Mais à des altitudes de plus de 5000m, tout est différent. Nos comportements peuvent changer et se dire que  » s’il y a tant de monde qui coupe ce col, alors pourquoi pas moi  » est toujours tentant.

Bien entendu, un minimum de formation permet d’avoir une meilleure capacité de jugement sur l’état du manteau neigeux et des risques que l’on va prendre ou pas.

Il ne faut pas non plus oublier les éleveurs de yaks qui eux aussi ont été fauchés par ces avalanches.

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Plus dommageable pour moi, sont les personnes mortes de froid. Car en plus d’avoir eu des précipitations sans précédents pour cette saison, les températures ont été glaciales. Dans un brouillard épais et sans visibilité, nombre de personnes se sont retrouvées à errer dans un jour blanc, jusqu’à épuisement.

Pour ce qui est des touristes solos, en grand nombre sur le trek des Annapurna, il est assez incroyable de voir des trekkeurs aussi mal équipés et mal préparés. Oui dans 99,99% des cas il fait un temps clément, mais c’est oublier le 0,01% restant…

Tout le trek s’articule autour de guest-houses et de petits restaurants, alors, pourquoi prévoir des moments exceptionnellement difficiles…

Ce qui m’exaspère le plus, c’est de voir mourir des personnes qui travaillent pour le tourisme, porteurs, guides, cuisiniers…Eux sont morts car mal équipés par l’agence qui les emploie, et en bout de chaine par celles qui en font le relais en Occident, au Japon…Chacun se renvoyant la faute, du côté népalais :  » avec ce que je gagne, je ne peux pas faire mieux… »; du côté étranger :  » je leur faisais confiance… ». Et si vous achetez directement votre voyage au Népal, c’est vous qui êtes responsable de l’équipement de votre staff et de la charge à porter par individu !

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Différence du manteau neigeux sur une période de 5 jours.


De ces constats sont nées nombre de polémiques :
  • L’État n’était pas préparé.

Il n’a pas réussi à donner l’alerte sur d’éventuelles précipitations exceptionnelles. En effet :  » La circulation de l’ex-cyclone en direction du Népal était précisément simulée avec 48 heures d’avance, ainsi que la concentration sur le massif des Annapurna des vents les plus forts (> 120 km/h vers 5500 mètres d’altitude) et des chutes de neige les plus intenses (plus de 1m50 de neige fraiche simulée par le modèle, avec des épaisseurs horaires qui excèdent parfois 20 cm) « . Source

Il n’a pas été très réactif, et les secours ont mis du temps à arriver. C’est vrai, mais c’était tout de même loin de tout (vous n’êtes pas dans les Alpes), les hélicoptères ne sont pas si nombreux (15 privés et 8 de l’armée, pour tout le pays (+3 nouvelles machines offertes par l’Inde le 25 novembre)), les secouristes encore moins…Il faut aussi garder en mémoire que le Népal ne fait pas (encore) partie des pays les plus riches de la planète. Alors au vu de l’effort fourni, ce n’est déjà pas si mal.

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  • L’État se repose sur ses lauriers.

Hélas, oui…il engrange une manne financière importante grâce aux taxes et permis dont chaque trekkeur doit s’acquitter avant de commencer à marcher. En 2013, il y a eu tout de même 113213 visiteurs dans la région des Annapurna et 37750 dans celle de l’Everest

L’état s’est rendu compte du mauvais équipement des équipes…il était temps. Bien entendu des  agences font bien leur travail, mais elles ne sont pas si nombreuses.

L’état a jugé que les guides n’étaient pas formés pour ce genre de situation (gestion du groupe, décision à prendre sous la pression…).

Pour eux c’est simple, il faut interdire le tourisme non encadré. Méthode radicale qui va être peu aisée à mettre en place étant donné que 85% des trekkeurs autour des Annapurna sont seuls…

De plus, étant donné qu’en 2014, on s’est rendu compte qu’une partie des guides était peu ou mal formée, par quelle tour de passe-passe va-t-on obtenir la multiplication miraculeuse des guides formés…

Il faut bien se mettre d’accord, il y a de très bons guides Népalais, mais pour en avoir côtoyé un certain nombre, je peux vous assurer qu’ils ne trainent pas dans Thamel et que les bonnes agences népalaises font tout pour les garder. Pour les autres, c’est une formation par progression dans l’échelle sociale de l’encadrement. D’abord porteur, puis aide-cuisinier, puis aide-guide et enfin guide…Formation : au contact des touristes, c’est tout.

Pour tous les autres guides vraiment formés, ils l’ont souvent été sur demande de quelques T.O. (Tour Opérateur) étrangers. Formations réalisées très souvent par des guides occidentaux. Mais cela ne représente qu’une infime partie des guides locaux. Il faut garder en mémoire qu’il y a plus de 1450 agences déclarées au Népal

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  • Le COPRELS (Collectif Pour le Respect d’un Encadrement Légal, Sécurisé et de Qualité des voyages aventure vendus en France) s’en mêle…

Depuis peu s’est mise en place une bataille rangée entre le COPRELS, les T.O. français et l’ATR sur la légalité d’utiliser ou non des guides français diplômés à l’étranger. L’association ATR, qui indique privilégier depuis 2004 un encadrement local à l’étranger pour des raisons éthiques, estime pour sa part que le Code du sport ne s’applique pas hors du territoire national. Mais qu’en est-il lorsqu’un contrat est passé entre personnes morales et physiques françaises ?

Sur quelle loi doit-on s’appuyer, il y a-t-il un vrai vide juridique ou tout simplement une interprétation erronée…

Si vous voulez en savoir un peu plus sur la relation COPRELSATR, c’est ICI.

Je ne peux pas défendre un encadrement tout français et parfait et un encadrement local et de piètre qualité. Des deux bords il y aura du bon et du moins bon.

J’ai toujours privilégié un encadrement en binôme, c’est ma façon de travailler et de voir les choses. Bien entendu, deux encadrants diminuent largement les marges des T.O (ou alors il faut augmenter les tarifs…)…donc vendre de l’éthique est plus noble. Argument qui avait du mal à tenir lorsque je formais des Nigériens pour la Libye, ou que l’on retrouve des Libanais à Oman (ou mieux, des stagiaires français non payés, car en stage…), des Népalais au Ladakh, et que l’on devient financièrement acceptable en Norvège

Je dois avouer, que pour moi, ATR n’est qu’un écran de fumée, qui sous couvert d’une idée de départ pertinente n’est plus qu’un argument marketing de plus.

Si je suis la logique éthique jusqu’au bout, autant se débarrasser des T.O. étrangers et passer directement par une agence locale. Pas de perte financière dans la relation réceptif-client (comme avec le regroupement d’agences : Voyages Réceptifs ou Le voyage autrement…)…, et eux aussi peuvent très bien s’entendre pour devenir Responsable, formateur et auto-juge

Nous verrons bien ce qu’il résultera de tout cela une fois les esprits reposés, et ce dès la saison 2015…

En attendant, je vous invite à relire mon sentiment sur le trek solo au Népal

Pourquoi ne pas lire le numéro 146 de la revue ANENA qui traite de :  » Mieux se connaitre pour mieux décider : réflexion sur le comportement du leader  » ?

Pour ce qui est des sources météorologiques, vous reporter au site Keraunos (Observatoire français des tornades et orages violents). 

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